Pilote privé : peut-on être payé avec un PPL ? Partage de frais et règles

Pilote privé et salaire : le PPL ne permet pas d'être payé pour voler. Partage de frais, coavionnage, instruction : ce que la réglementation autorise.

Publié le 11 octobre 2026·8 min de lecture

En résumé

  • Un pilote privé ne touche pas de salaire : le PPL permet de voler sans rémunération, en exploitation non commerciale (règle FCL.205.A).
  • Tu peux partager les frais directs d'un vol (carburant, location de l'avion, redevances) avec tes passagers, toi compris, à 6 personnes au maximum.
  • Le coavionnage via une plateforme est légal en France depuis l'annulation, en juin 2017, de la décision qui le limitait.
  • Seule vraie exception : avec des privilèges d'instructeur ou d'examinateur, un titulaire du PPL peut être payé pour enseigner ou faire passer les examens (LAPL et PPL).
  • Pour faire du pilotage un métier, il faut une licence professionnelle : le CPL.

Pilote privé et salaire : beaucoup de gens se demandent si un PPL permet de gagner de l'argent. La réponse courte est non. Le PPL est une licence de loisir. En revanche, il permet de réduire le coût de tes vols en partageant les frais. Voici ce que dit la réglementation, et où passe la limite.

Un pilote privé peut-il toucher un salaire ?

Non. Le PPL n'est pas un emploi et ne donne pas accès à un emploi de pilote. La règle européenne FCL.205.A est claire : les privilèges du titulaire d'un PPL(A) permettent d'agir sans rémunération comme commandant de bord ou copilote, sur des avions ou des motoplaneurs utilisés en exploitation non commerciale.

Concrètement, tu ne peux pas :

  • te faire payer pour emmener quelqu'un en vol ;
  • être embauché pour piloter l'avion d'une entreprise ou d'un particulier ;
  • vendre des baptêmes de l'air ou des vols photo pour ton compte.

Le LAPL suit la même logique : selon la règle FCL.105, il permet de voler sans rémunération, en exploitation non commerciale. Les autres différences entre les deux licences sont dans notre article PPL ou LAPL : quelles différences ?.

Que permet le PPL, alors ?

Le PPL te permet de voler pour ton plaisir, seul ou avec des passagers, dans la limite de tes qualifications. Tu peux emmener ta famille, tes amis, ou des personnes que tu ne connais pas, à condition qu'il n'y ait aucun profit pour toi.

C'est là qu'intervient le partage de frais : il ne te rapporte rien, mais il rend chaque heure de vol moins chère. Pour te faire une idée du budget global, lis notre article Combien coûte le PPL et combien de temps faut-il ?.

Comment fonctionne le partage de frais en avion ?

Le partage de frais est prévu par le règlement (UE) n° 965/2012, article 6, paragraphe 4 bis, point a). Ce texte permet les « vols à frais partagés effectués par des particuliers » sous les règles allégées de l'aviation privée (la Part-NCO), et non sous celles du transport commercial. Les conditions :

ConditionCe que dit le texte
Qui ?Des particuliers, entre eux
Quel avion ?Un avion motorisé non complexe (la plupart des avions légers de club)
Quels frais ?Le coût direct du vol, réparti entre tous les occupants, pilote compris
Combien de personnes ?Six au maximum à supporter le coût direct

Le coût direct, selon le guide de l'EASA (GM2 Article 6.4a), c'est ce qui est directement lié au vol : le carburant, les redevances d'aérodrome, le prix de location de l'avion. Il n'y a aucun élément de profit.

Un exemple simple : l'heure de vol de ton avion de club est facturée 200 € et vous êtes quatre à bord. En partageant à parts égales, chacun paie 50 €, toi compris. Tu ne peux pas demander 70 € à chacun des trois passagers pour voler gratuitement : ce serait une rémunération déguisée.

L'EASA distingue ces coûts directs des coûts annuels (garder, entretenir et exploiter l'avion sur une année). Pour un vol à frais partagés entre particuliers, le texte ne vise que les coûts directs.

Le coavionnage est-il autorisé en France ?

Oui. Le coavionnage, c'est trouver des passagers via une plateforme Internet pour partager les frais d'un vol. Son histoire en France est mouvementée :

  • En août 2016, la DGAC a publié une décision (et la circulaire AIC A 05/16) qui encadrait fortement les vols proposés sur une plateforme. Pour un vol circulaire de moins de 30 minutes, à moins de 40 km du départ : vol de jour en VMC et pilote avec au moins 200 h de vol depuis sa licence, dont 25 h dans les 12 derniers mois (ou licence professionnelle). Pour les autres vols, il fallait en plus une qualification de vol aux instruments ou d'instructeur.
  • Le 22 juin 2017, le Conseil d'État a annulé cette décision (requête n° 404619). Il a jugé qu'il n'était pas démontré que ces vols, partagés avec des inconnus via une plateforme, étaient plus risqués que ceux partagés avec des proches.

Depuis, le coavionnage relève des règles européennes du partage de frais décrites plus haut. Sur son site, le ministère chargé des transports rappelle les mêmes conditions : vol entre particuliers, avion non complexe, coûts directs partagés entre tous les occupants, pilote compris, six personnes au plus.

Attention : ton aéroclub peut fixer ses propres règles (nombre d'heures, vol de contrôle, voire interdiction). Lis le règlement intérieur avant de proposer un vol.

Existe-t-il des exceptions pour être rémunéré avec un PPL ?

Une seule vraie exception concerne le pilote lui-même : l'instruction. Selon FCL.205.A b), le titulaire d'un PPL(A) qui a des privilèges d'instructeur ou d'examinateur peut être rémunéré pour :

  1. dispenser l'instruction en vol pour le LAPL(A) ou le PPL(A) ;
  2. faire passer les examens pratiques et les contrôles de compétences pour ces licences ;
  3. les qualifications et autorisations liées à ces licences.

Devenir instructeur (FI) demande une formation spécifique et une expérience minimale. Ce n'est pas un raccourci, mais c'est une piste réelle pour les passionnés.

Et les vols de découverte ? Le même article 6, paragraphe 4 bis, point c), autorise les vols de découverte (baptêmes de l'air) organisés par un organisme de formation ou une association d'aviation de loisir, comme un aéroclub. C'est l'organisme qui les propose, pas le pilote à titre personnel. En France, ils sont encadrés par l'arrêté du 18 août 2016 modifié : vol circulaire de moins de 30 minutes, à moins de 40 km du point de départ, pilote membre ou salarié de l'organisme avec une expérience minimale, et une activité qui doit rester marginale pour les non-membres. Le vol ne doit pas produire de bénéfices distribués hors de l'organisme.

Que risques-tu si tu te fais payer avec un PPL ?

Un vol payé, réalisé sans les autorisations d'une compagnie aérienne (licence d'exploitation et certificat de transporteur aérien), est du transport public illicite (TPI). Le ministère chargé des transports rappelle les risques :

  • la sécurité n'est pas garantie et les passagers risquent de ne pas être couverts par l'assurance en cas d'accident ;
  • des amendes administratives allant jusqu'à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale, par vol, doublées en cas de récidive ;
  • des poursuites pénales sont aussi possibles.

Le bon réflexe : si un passager te propose « un petit quelque chose en plus », refuse. Et si un vol à frais partagés se transforme en obligation d'arriver à destination, garde en tête que tu restes seul juge de la décision de partir ou non. Ces règles font partie du programme de droit aérien du théorique PPL.

Quelle différence avec un pilote professionnel ?

La frontière est la licence. Le CPL (licence de pilote professionnel) permet, selon la règle FCL.305 :

  • d'exercer tous les privilèges du LAPL et du PPL ;
  • d'être commandant de bord ou copilote sur tout aéronef, pour des opérations autres que le transport aérien commercial ;
  • d'être commandant de bord en transport aérien commercial sur un avion monopilote, et copilote en transport aérien commercial, dans les limites prévues par le texte.

Pour devenir pilote de ligne, il faut ensuite la qualification de vol aux instruments, la formation au travail en équipage, puis l'ATPL. Le parcours complet est détaillé dans notre guide Devenir pilote de ligne après le PPL. Pour la rémunération des pilotes professionnels, la fiche métier de l'ONISEP est un bon point de départ.

Le PPL reste une excellente première marche : tes heures de vol et tes connaissances théoriques te serviront pour la suite. Si tu prépares ton théorique, l'application MyFlyPath t'accompagne sur les 9 matières du théorique PPL/LAPL.

Sources

Les règles sur le partage de frais et les vols de découverte évoluent : avant de proposer un vol, vérifie les textes en vigueur, le règlement de ton aéroclub et les conditions de ton assurance.

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